Témoignage d'une élève du lycée

Je ne sais pas si j’arriverai au bout de mon histoire...
Mais je souhaite écrire ces mots pour témoigner, parler d’une « mode » encore trop courante de nos jours.
Je ne peux pas parler au nom de tous ceux qui l’ont vécue car chaque personne a un sentiment différent
quand l’on vit cette période. Attention je ne dis pas que toute personne la vivra! Je dis que trop de monde
y prennent goût encore aujourd’hui ; surtout les jeunes.
Alors je vais parler de mon histoire, de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai ressenti, de ce que j’ai pensé et
comment je m’en suis sortie. Le mot pour moi est encore dur à prononcer et à écrire, mais il est important
que je le fasse. Je vais témoigner contre le harcèlement, cette chose horrible que des personnes sans
qu’elles en voient les conséquence vous font vivre, vous font subir. Ces personnes qui, sans que l’on
sache trop pourquoi, décident de se liguer contre vous, qui se mettent à vous détester, à vous haïr, qui
veulent que vous souffriez. Tant que ce ne sont pas elles qui souffrent, tout va bien. L’effet de groupe.
Tout le monde est sous influence, ils suivent sans se poser la moindre question. Il y a toujours un chef,
c’est lui le plus discret, il n’agit jamais directement, il commande. Ce sont ses moutons qui agissent pour
lui, ils sont soumis.
C’est ce qu'il m’est arrivé : une vingtaine de personnes, pratiquement du jour au lendemain, ont décidé de
me faire subir des horreurs. Ma classe de troisième presque entière, sauf deux personnes dont je ne citerai
pas les noms, qui ont très vite compris que je n’étais pas la personne dont on m’avait fait la réputation...
Comment tout a commencé? Comme cela :
J’ai été malade pendant quatre jours, lundi, mardi, mercredi, et jeudi. Le jeudi soir, j’ai reçu un message
sur un réseau social, d’une personne avec laquelle j’avais déjà eu des problèmes l’année passée, mais tout
était réglé. Du moins c’est ce que je croyais. Elle m’a écrit, pour résumer, qu’elle avait monté la classe
contre moi en allant dire que je n’aimais personne, que j’étais une « faux-cul ». Puis que je ne servais à
rien, que de toute façon je serai seule, que personne ne m’aimait, qu’il valait mieux que je me suicide...
Le vendredi matin quand je suis arrivée, les troisièmes me regardaient de haut en bas, personne ne m’a dit
bonjour, j’étais seule. Avec ma mère, qui est prof dans mon collège, on a été voir la principal-adjointe, on
lui a montré les horreurs qui m’ont été dites. La journée a été horrible, mais ce n’était rien à côté de ce
que j’ai vécu après...
Le lundi j’ai été parler à une amie qui ne m’avait pas adressé la parole le vendredi, je lui ai dit que tout
était faux, que je tenais à elle. J’ai donc pu intégrer son groupe, on était quatre. J’aimerais m’arrêter
quelques instants sur ces trois filles. Je préfère qu’elles restent anonymes. Sans elles je n’aurai pas fini ma
scolarité dans ce collège. Je ne leur ai pas assez dit, mais elles m’ont beaucoup aidée à voir le bout du
tunnel, à comprendre que l’amitié existe, et qu’il faut se battre pour s’en sortir. Ces trois jeunes filles sont
comme moi matures, drôles et différentes des autres. Elles arrivent à complètement se moquer du regard
des autres. Elles m’ont aidée à ne pas perdre entièrement confiance en moi. Je ne leur dirai jamais assez
merci d’avoir été là pour moi. Je vous aime !
L’unique problème c’est qu’elles étaient externes, je me retrouvais donc seule le midi. Durant plusieurs
midis je me suis retrouvée seule, je ne pouvais pas manger, le bruit du self, le regard des autres ; trop dur
pour moi.
Pendant des jours les gens se moquaient, me rejetaient, me faisaient souffrir, me bousculaient mais sans
jamais me frapper. Mon docteur m’a fortement conseillé d’aller voir une psychologue ; chose que j’ai
faite. C’est à ce moment-là que mes parents et moi avons compris que j’étais harcelée. Pendant trois
semaines je n’ai pas pu aller en cours, j’ai enchaîné les crises d’angoisse. C’était l’enfer. On me disait
d’aller en cours, j’avais la sensation d’étouffer. Je n’arrivais plus à respirer, je pleurais, je paniquais.

L’enfer. J’ai fait un « burn out », ça a été très compliqué de s’en remettre. Je suis retournée en cours petit
à petit. Au début je n’ai pu y aller que le matin, pendant deux semaines.
J’ai fait comme un break après, car j’ai eu la chance de pouvoir partir en Italie, à Rome, avec une de mes
amies en voyage scolaire dans le cadre du Latin. C’était vraiment énorme, j’ai vécu des moments
inoubliables. Par la suite il y a eu les vacances scolaires, deux nouvelles semaines sans voir tous ces
« cons » !! Deux semaines de repos, mais je me suis bien rendue compte qu’il fallait que je retourne au
collège toute la journée, il y avait brevet à la fin de l’année. Alors j’y suis allée tout le lundi et tout le
mardi, en mangeant avec une fille d’une autre classe de troisième. Mais la pause du midi était trop dure
sans les filles, j’étais perdue . Mes parents ont donc pris la décision de me faire devenir externe. Le
soulagement total...
J’ai donc repris les cours sur des journées entières, en rentrant entre midi et deux chez moi. Ce n’est pas
pour cela que les insultes, les moqueries, les regards mauvais, les phrases et les mots blessants ont cessé.
Mais je continuais d’aller au collège, en essayant tant bien que mal d’éviter ce que les autres me faisaient
subir, chose quasi impossible. Je ne pouvais tout simplement pas les oublier. Quand je passais dans le
couloirs c’était une bousculade, une moquerie, un truc comme : « ça pue par ici », « la voilà l’autre » ,
« tiens l’autre merde », « encore elle, putain qu’est-ce qu’elle fout là celle-là » et bla bla bla. Autant vous
dire que faire comme si ce n’était pas là c’était juste pas possible. Mes notes ont chuté, mais j’ai continué
de travailler, de me battre ; car chaque seconde passée avec eux était un combat au quotidien. A de trop
nombreux moments j’ai voulu tout abandonner, tout lâcher. Je me disais que ça ne servait à rien de
continuer, que de toute façon je ne m’en sortirais pas. A force d’entendre des horreurs j’ai fini par y croire
et j’ai commencé à perdre toute confiance en moi. J’ai écrit des petits textes quand ça n’allait pas du tout,
toutes les pensées noires me passaient par la tête, il m’est arrivé d’écrire :
« Le harcèlement est une chose tellement horrible que vous aurez des séquelles à vie. J’arriverai
à passer au dessus mais pas à oublier. Dès que j’en parle je pleure, j’ai encore trop mal, je souffre trop, le
passé est trop dur à supporter... J’ai tellement peur que ça recommence. Je ne sais pas me trouver de
qualités. Je ne m’aime pas, je suis dégueulasse comme fille. Je suis moche. Dès que je me trouve en
présence d’autres personnes je suis mal, j’ai honte de moi. J’ai toujours peur d’être ridicule. Les autres
sont tellement mieux que moi. J’aimerais tellement être comme les autres filles, avoir confiance en moi,
réussir à me trouver belle juste une fois. Je saoule les gens. Je suis lourde, les gens ne m’aiment pas. J’ai
beau être entourée des bonnes personnes quand je ne peux pas je ne peux pas...Vous savez quand les gens
vous « parlent » et que les autres rigolent c’est tellement blessant... »
Je vous ai rapporté ce texte-ci car j’espère que c’est le dernier que j’ai écrit ! Peut-être que je ferais mieux
de le garder pour moi, mais j’ai eu envie que vous compreniez ce que je pouvais ressentir par moment.
Au collège, des heures de lutte contre le harcèlement ont été mises en place, je vous laisse deviner ce que
j’ai pu me prendre en pleine tête par les autres. Pendant ces heures j’ai eu beaucoup de mal à y assister
surtout quand ceux qui vous harcèlent disent devant les profs « ah mais moi je suis vraiment contre ça ! »
Euh ? C’est une blague ou ils se « foutaient » littéralement de moi ?? Ce n’est pas pour cela que les
mentalités ont changé, ils ont continué. Mais je travaillais, mon brevet je le voulais, je souhaitais leur
montrer que j’étais forte et qu’ils ne m’auraient pas ! Et devinez quoi ? Je l’ai eu avec mention très bien !!
Je l’ai appris pendant mes vacances.
Aujourd’hui je suis au lycée, le début a été dur, j’ai eu très peur que ça recommence. Mais c’est une
nouvelle page qui se tourne, un nouveau départ. Je remonte petit à petit la pente. Je reprends tout
doucement confiance en moi, croyez-moi ce n’est pas facile. Je suis fière de m’être battue et d’être
devenue celle que je suis. Même si mon centre équestre ferme, que je perds la jument à laquelle je tiens
plus que tout, plus qu’à certains humains, car j’ai souvent eu l’impression qu’elle me comprenait plus que
personne... Pour moi ce n’était pas une simple jument, sans elle je n’en m’en serais pas sortie aussi bien...
Si je devais donner un conseil à ceux qui vivent la même chose que moi ou pire ce serait sans doute qu’il
faut en parler. J’ai tout à fait conscience que ce n’est pas simple, mais il ne faut pas tout garder pour soi,
c’est ce qu’il y a de pire. Parlez-en à vos parents, vos proches, vos amis, vos professeurs. Faites-le c’est
très important, vous ne pourrez pas vous en sortir seuls et non ! vos harceleurs ne cesseront pas si vous ne

dites rien. Ne vous renfermez pas sur vous-mêmes, ne vous laissez pas ronger de l’intérieur !
Pour finir il y a une phrase célèbre qui dit «Lorsque tu peux raconter ton histoire et qu’elle ne te fait plus
pleurer, tu sais que tu es guérie ». Il faut croire que je ne suis pas complètement guérie...